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« Mon ado ne supporte pas la pression scolaire »

18.03.2011

 

Ifergan 

 


Toutes les semaines, le psychologue et psychanalyste Harry Ifergan répond aux questions des mamans. N’hésitez pas à participer en nous soumettant vos tracas et autres interrogations dans les commentaires ! 

 

 

 


Sandrine a dit... 

 

« Mon ado de 13 ans ne supporte pas la pression scolaire. Elle est bonne élève dans une classe de bons élèves. Ni son père ni moi ne lui mettons de pression mais, à 13 ans déjà, elle ne pense qu’à son entrée dans une bonne université (nous vivons aux Etats-Unis). Elle ne travaille pas énormément pour autant mais fait ce qu'il faut. Chaque matin, elle a des crampes de ventre et, certains jours, pleure et refuse de se lever. En sortant de l’école, je trouve une enfant cool. Mais ses angoisses m’angoissent. Du coup, quand elle est en crise de stress, elle devient agressive, refuse mon aide, crie, pleure et tape les murs. J’essaie de l'aider en parlant mais elle ne m'écoute pas vraiment. Doit-on laisser cette angoisse se calmer seule ? Peut-elle devenir dangereuse pour elle ou autrui ? »

 

 


La réponse d’Harry Ifergan

 

Dur ! Dure cette adolescence faite de réussite scolaire et de bleus à l’âme. Autant ce « chaud-froid » peut paraître incohérent (bonne élève, docile et gaie mais en crise dès qu’il s’agit de se comprendre), autant nous savons tous que l’adolescence est une phase de transition délicate entre l’enfance et l’âge adulte. Le souci, c’est que cette phase est longue : 12 à 18, 20, ...25 ans parfois. Cette étape est longue, car l’enfant doit apprendre à abandonner le monde magique, doucereux, innocent et naïf qui l’a bercé. Et cela ne se fait pas en un jour. L’enfant sait aussi que l’âge adulte n’est pas pavé que de bonnes intentions. Nos doutes, nos responsabilités, le chômage, les divorces, le culte de la réussite professionnelle, etc. Tel est perçu le monde des adultes par nos ados. « Le jeu en vaut-il la chandelle ? » se demandent-ils ? Quitter une enfance cotonneuse pour un monde rugueux ? Reconnaissons qu’il y a de quoi hésiter.

 

Or, inexorablement, votre fille et ses camarades grandissent, évoluent et sont littéralement poussés vers cette maturité que leur corps et la société leur imposent. Dur !

 

A 13 ans, on devient ado, jeune fille, on se pense future jeune femme et l’on s’identifie à sa mère. Et il y a aussi ce corps qui ne cesse de prendre des formes et qui deviendra un corps de femme ; et les règles qui déboulent par-dessus ce tsunami intérieur… Les copines qui parlent déjà des garçons : ça dragouille à tout va. Les cours de récré voient des groupes de jeunes filles qui se divisent : celles qui restent gamines et celles qui jouent les minettes et les lolitas. A cet âge, on choisit déjà sa voie : jouer à la grande ou maintenir des bouts d’enfance coûte que coûte ; à savoir l’hypermaturité ou bien oser ralentir le temps pour ne pas pousser comme un champignon. 

 

Votre fille est sûrement dans ce dilemme. Alors, l’école et la recherche des bonnes notes est un très bon rempart, un mécanisme de défense de bon aloi, comme diraient les psys. Tant qu’elle fait « l’intello », elle se protège. Mais elle n’est pas si tranquille que ça, au fond d’elle, puisqu’en même temps, la vie des copines qui osent s’émanciper l’intéresse aussi. Dur, vous disais-je.

 

Comme lorsqu’on se cache le visage avec sa main pour ne pas voir, mais ouvrir deux doigts et un œil pour … voir un peu. Telle est la représentation que se font les ados lorsqu’ils pensent à l’avenir incertain. Je voudrais bien, mais j’ai peur. Le doute, quoi !

 


Votre fille est en droit de douter de tout et surtout d’elle-même, car elle est en pleine construction de sa personnalité. C’est comme l’édification d’un immeuble, mais avec une bâche qui cache le chantier. Entrons ensemble dans ce magma. Attention ! « Le port du casque est obligatoire ».

 

Des trous dans le sol, des pierres qui tombent, une grue dangereuse sur votre droite et un feu de soudure sur votre gauche. C’est que ça travaille à l’intérieur d’une ado en construction : identification à sa mère qu’on aime mais à qui on ne veut plus ressembler (normal ! c’est plutôt sain), se distinguer de ses frères et sœurs (normal aussi, soyons original, tant qu’à faire), se cultiver et avoir de bonnes notes (c’est toujours ça de pris), imiter les copines pour voir si ça nous va (imitation, identification), adopter des styles différents (comme on essaierait des jeans ou des robes dans une boutique, mais aussi chercher son style de personnalité : décontract, classique, nana sophistiquée, rappeuse, skateuse, sportive, branchée, hippie peace  & love, dreadlocks ou gothique), les mecs (tout un bazar !), les conventions sociales (dire merci, s’il te plait, excuse-moi… trop relou !), aller voir les grands-parents (ça gave !), le shit, l’alcool (normal, quoi !), les règles (et dire qu’il faut y passer), les mecs, les mecs, les mecs (The big sujet dont toutes les copines parlent), etc.

 

Bref ! Vous comprenez pourquoi à 22h, 23h, minuit, nos ados sont dans leur chambre, dans le noir, mais « c’est allumé dans leur tête. » Ça travaille dur à l’intérieur. C’est la nuit, quand tout le monde dort, qu’ils ont enfin le temps de faire défiler toutes ces sacrées questions qui les assaillent malgré eux. Parfois, ils ne sont pas conscients que ces questions les traversent, les transpercent, les verrouillent. Le matin, ils sont crevés, ont besoin d’un seau d’eau pour se réveiller. D’autres, comme votre fille, se réveillent avant le radio-réveil. Angoissée d’arriver après la fermeture des portes. En plus, il faut encore réviser le contrôle de maths, de français : « Il est 7h, j’ai 20 minutes pour relire mon cours. »  On ne sait jamais, et si elle avait oublié encore quelque chose qui lui rapporterait un demi-point. Vous comprenez mieux qu’il y a de quoi se faire des crampes à l’estomac, voire un « coup de calcaire » (= spasmophilie). 

 


Vous en voulez encore des soucis d’ados ? Je vous ai épargné avec la question des formes et du poids. Je risque de vous en mettre un chapitre sur « j’adore manger mais j’ai peur de grossir ! ». Pour peu qu’il y ait une anorexique dans un collège, ça fout un bazar dans les têtes de filles (entre celles qui les traitent de « malades » et celles qui les envient d’être si « minces »). Il y a toujours une ou deux anorexiques dans les écoles et aucune camarade n’y est indifférente. Cela  aussi s’impose aux jeunes ados. 

 


Bon, si avec tout ça votre ado ne « crise » pas … ce n’est pas une ado ! 

 


Alors, que faire ? Du sport ! Vive le sport ! Ça défoule et permet aux pressions physiques et psychiques de trouver une issue. Ça fatigue et c’est une fatigue saine. Ça permet d’avoir un autre genre  d’amis, axés sur le sport et non sur les notes. Ça permet aussi de relativiser, car on peut être bon en classe mais pas au sport ou l’inverse. Le tout étant d’être bon quelque part. On apprend ainsi à doser les efforts, ici ou là, et cela apprend à se mettre des priorités : J’ai une compet’, je m’entraine à fond. J’ai une interro ou un exam, je bûche à mort. Faire un choix dans les priorités, c’est aussi savoir renoncer à l’une des options, ne pas tout vouloir et tout avoir. Vive les compromis !

 

Se trouver une bonne copine à qui se confier.

 

Donner des temps à sa fille pour se retrouver à deux, en tête à tête et parler… ou pas. Par exemple, aller la cueillir au collège à midi et se faire une pizza ou des sushis. Si elle a des choses à dire dans l’intimité, c’est l’occasion où jamais. Renouveler l’expérience tous les 15 jours.

 

Aller voir son médecin (sans Maman) et lui poser toute la liste de questions (mes seins ne poussent pas de façon symétrique, les règles n’arrivent toujours pas, mon poids, mon sommeil, le piercing, la clope, etc.) Bref ! Tout ce que certaines filles n’osent pas demander à leurs parents. Dans ce cas, on prépare une enveloppe avec un chèque à l’ordre du médecin et on dit à sa fille qu’elle peut prendre rendez-vous avec lui, à sa guise, puisque le chèque est prêt) Elle n’a pas à vous en parler avant la consult’. Vous le saurez bien après coup (feuille maladie). Discret et efficace, surveillance médicale et préventive assurée. Merci le Doc.

 

Le psy : on peut proposer à sa fille d’aller voir un psy pendant quelques séances pour un avis, un conseil, un doute. On n’est pas obligé d’être névrosé pour aller voir un psy. Un psy, ça sert, justement à ne pas être trop névrosé, donc on va le voir…avant !

 


Bon, sachez qu’au-delà de tous ces conseils, vous êtes une vraie « maman d’ado ». D’ailleurs, une mère d’ado qui n’est pas inquiète, n’en est pas une. Avoir un ado et l’aimer impose de passer par la case redoutable : « Suis-je sûre d’être une bonne mère ? » 

 

Idée Bonus : « C’est parce que j’aime ma fille (mon fils), que je suis prête à ce qu’elle me paraisse incompréhensible et me rejette par moments. » 

 

Je vous dis : « Bienvenue au Club ! »

 


Harry IFERGAN

 


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