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« Ma fille de 6 ans a des crises de colères assez violentes »

29.04.2011

Ifergan


 

Parce que certaines mamans ont besoin d’aide et osent en parler... notre psychologue Harry Ifergan nous offre, comme chaque semaine, sa séance de consultation. Et on l’en remercie !

 

Caroline a dit...

 

« Bonsoir,

Ma fille de 6 ans a des crises de colères assez violentes, elle peut envoyer par terre tout ce qui se trouve à sa portée, elle dit non à toute autorité...surtout la mienne.  Quand je lui interdis de sortir par exemple, je suis obligée de fermer la porte à clé pour l'en empêcher... Je l'élève toute seule depuis le décès de son papa ; (elle avait alors 18 mois). Je n'ai plus de solutions, la douceur ou la fermeté ne marche pas. Et  elle refuse de me dire ce qui ne va pas. A l’aide ! »

 

 

 

La réponse d’Harry Ifergan

 

Quelqu’un a dit que le métier le plus beau, mais le plus difficile, était celui de parent. Vous nous le prouvez avec votre question ! « Aimer ou éduquer ? » diront certains, moi je réponds « Aimer ET éduquer ! ». Je rejoins cette formule « Je t’aime, donc je ne céderai pas ! » de l’excellent livre d’Etty Buzyn. Comment imposer son autorité à son enfant et lui faire comprendre que « Non, c’est non ! » ?

 

Prenons quelques exemples : votre enfant joue à descendre du trottoir alors que vous attendez le bus à la station ; il frôle le bord de la falaise d’un peu trop près ; il approche la main de la gueule d’un chien qui aboie… Ces exemples de mise en danger ne manquent pas. Demandons-nous pourquoi, dans ces moments-là, le « non » que nous allons assener est efficace. La réponse est simple : dans notre manière de dire « non », on entend l’amour et la protection qu’on porte à l’enfant, le danger imminent vers lequel il court et l’interdit d’aller plus loin, car on risquerait de le perdre. Remarquons comme, dans un simple « non ! », il y a de nombreux messages.

 

À l’inverse, il existe des « non » qui sont mous, peu convaincants, moins affirmés, voire en contradiction avec la posture physique que nous adoptons pour le prononcer : notre attitude trahit parfois un « Oui, tu peux le faire quand même parce que je ne veux pas te brimer » ou un « Tu es tellement craquant quand tu désobéis », etc. Nous parlons avec des mots mais notre corps exprime un langage qui ne concorde pas toujours avec le premier. C’est là le paradoxe de la communication. Les enfants repèrent très tôt ces contradictions lorsqu’on leur adresse la parole. Comme ils sont malins et guettent les moindres failles qu’ils peuvent exploiter, il n’est pas étonnant qu’ils repoussent les limites que nous leur posons.

 

À partir de 18 mois, un bébé sait s’opposer, surtout envers ses parents. Il entre dans un stade d’opposition à presque tout, et cette phase va durer des années, pour lui permettre de mieux affirmer sa personnalité. Il est donc prévisible qu’il refuse ce que vous allez lui imposer. Mais néanmoins, il faut le contraindre et le limiter. Son opposition est « fonctionnelle». Elle lui sert plus à s’affirmer qu’à vous contredire ; il faut donc parvenir à la contourner. Dans la mesure où cette phase essentielle a été perturbée chez votre fille, puisqu’elle avait précisément 18 mois au décès de son père, il est possible que votre fille s’autorise des crises d’opposition en décalage par rapport à l’âge communément admis. Cette phase d’opposition systématique, si elle est vécue tardivement, peut se montrer exagérément ravageuse.

 

Plus tard, vers cinq ou six ans, il est capital de rester ferme et de savoir poser les interdits. Il est normal aussi que garçons et filles soient frustrés par la rigueur et l’exigence des parents. À cet âge, l’enfant entre dans la phase dite d’angoisse de castration. Ce terme étrange signifie freiner, empêcher ou interdire quelque chose à un enfant. « Castrer » n’est pas forcément vécu péjorativement. On peut aussi dire « couper » l’initiative d’un enfant : monter sur un toboggan dangereux, utiliser les ciseaux, lever la main sur son frère ou sa sœur qui est dans le berceau, etc. Il est évident qu’on ne laisse pas un jeune enfant traverser seul un boulevard à gros trafic. Si l’enfant insiste ou refuse, on reste ferme. Il peut alors se sentir incompris, frustré, voire « castré » à ce moment précis. Or, les enfants adorent discuter les consignes des parents et remettre en cause leurs interdits. C’est à ce moment précis qu’il faut rester ferme, convaincant et sûr de soi. On ne fléchit pas lorsqu’on interdit quelque chose, on le fait sans discuter.

 

Conseils

 

Quelle réponse donner à l’enfant qui rechigne, conteste, tente de vous culpabiliser ? C’est très simple, revenons au bon sens de nos grands-parents et répondons : « C’est comme ça, on ne discute pas ! » Ne laissons pas s’infiltrer le doute et la culpabilité.

 

Mais il arrive qu’une maman craque, soit épuisée, fatiguée de retour du travail ; elle peut aussi avoir des soucis ponctuels et se montrer alors moins efficace. Nous ne sommes pas non plus des parents-robots. Il arrive que nous cédions, que nous dérogions aux principes que nous avons mis en place. Rien n’est grave ni irréparable. Il faut savoir abdiquer un temps et tant pis si l’enfant est perdu entre rigueur et laxisme. On cède, on accepte, on lâche en disant : « D’accord pour cette fois, je ne veux pas batailler ce soir, je suis fatiguée, mais c’est exceptionnel. » Et en effet, faites en sorte que ce le soit.

 

Il est vrai que filles et garçons redoutent plus souvent l’autorité des pères que celle des mères. Il est donc possible que votre fille lance un appel : la présence d’un homme représentant l’autorité, la force, la protection lui est, à cet âge, nécessaire. Autour de vous, un grand père, un parrain, un ami proche pourrait jouer ce rôle qui lui est essentiel : un tuteur masculin qu’elle respecterait parce qu’elle aurait peur de le décevoir et de perdre son affection. Or, avec vous, elle est pratiquement sûre de ne jamais perdre votre affection. C’est pourquoi elle se permet de vous déborder.

 

Le secret qu’il nous faut révéler est le suivant : souvent, les mères, par leur débordement affectif envers l’enfant, leur excès, leur emphase, le sentiment de culpabilité, leur besoin de voir en lui l’enfant idéal, se laissent gagner par les sentiments qu’elles génèrent et colorent immanquablement leur « non » d’affects et d’émotions qui sont à l’opposé de la fermeté et de la rigueur. La différence, que l’on observe justement avec les pères, c’est qu’ils arrivent, en général, à détacher leur rigueur et leur fermeté des sentiments. Or, fermeté et sentiments ne font pas toujours bon ménage ; sinon, nous tomberions dans la culpabilité. Actuellement votre place est délicate, en l’absence d’homme à vos côtés. Comment occuper une place de mère et de père à la fois ?

 

Dernier conseil : on ne menace un enfant que si l’on est capable d’appliquer cette menace. Sinon, vous laissez apparaître votre fragilité et l’enfant aura tôt fait d’en abuser.

 

Bon Courage !

 

Harry IFERGAN


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