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« Mes copines ne m’aiment plus ! »

15.04.2011

 

Ifergan


Notre consultation de la semaine, avec le psychologue Harry Ifergan.

 


Isabelle a dit...

 

« Depuis plusieurs mois ma fille de 9 ans rencontre des difficultés avec ses copines à l'école. Elle est assez timide, a du mal à s'imposer, ne propose pas forcément d'elle même les jeux, bref elle est complètement dirigée par ses camarades. Et quand celles-ci décident que ma fille ne joue pas avec elles, elle est mise de côté. Quand une place est libre à la cantine, on la réserve pour une autre et ma fille mange seule à une autre table sans ses "soi-disant" copines. Le résultat est qu’en arrivant à la maison elle se défoule en commandant son frère, en le dirigeant dans les jeux qu'elle souhaite faire, elle joue au petit chef et son frère de 6 ans qui lui est plutôt solitaire dans le jeu commence à en avoir assez. J'ai beau lui dire d'essayer de s'imposer face à ces filles, qu'elles ne sont pas mieux qu'elle, mais c'est difficile. Pouvez-vous m'éclairer un peu plus sur ce que je dois faire ? »

 

 

La réponse d’Harry Ifergan

 

C’est exactement vers huit-neuf ans que presque toutes les filles (et non les garçons) sont touchées par cette crise de défiance en amitié. À cet âge où le sens des réalités devient plus évident pour les enfants, se joue un moment capital dans les relations amicales entre filles. Celle qui était la meilleure amie de votre fille commence à la décevoir. Elle fait moins attention à elle, ne lui réserve plus ses confidences comme avant, se met à jouer de préférence avec d’autres camarades et la raye de la liste des invités à sa fête. Tout cela est tristement banal, bien que pouvant créer de véritables drames en amitié. Toutes les fillettes ne sont pas préparées à vivre ces mésalliances et ces trahisons en série. Il faut dire aussi que ces ruptures se font et se défont en peu de temps. En vingt-quatre heures, deux meilleures amies peuvent se détester puis se rabibocher. Parfois même les parents qui veulent intervenir pour aider et défendre leur fille ne saisissent plus ces revirements brutaux : celle que l’on croyait traître et fourbe ou hypocrite parce qu’elle avait renié notre fille, redevient l’amie la plus chère et la plus fiable… pour quelques jours. C’est à ne plus rien y comprendre.

 

Essayons d’analyser ensemble ce qui se joue.

 

Avant tout, il faut savoir que ces amitiés existent de longue date. C’est à l’école maternelle, voire à la crèche, que ces fillettes se sont connues. Elles ont grandi en se côtoyant presque tous les jours de classe, parfois durant le week-end ou en vacances. Il n’est pas étonnant qu’elles aient partagé des idées, des croyances et même un imaginaire identiques. Mais, à l’âge de raison, vers huit ans donc, la personnalité des unes et des autres diverge et chacune prend un chemin différent.

 

Mais revenons en arrière. La plupart des enfants appréhendent le monde imaginaire de façon quasi uniforme. Rappelons-le : le monde de l’enfance reste encore magique ; les fées et les princesses existent dans beaucoup de civilisations, notamment dans la culture occidentale. L’univers des poupées et des bébés est aussi un standard partagé par de nombreuses fillettes de cinq à sept ans. La compagnie des animaux en peluche ou des animaux réels les passionne tout autant. On pourrait citer d’autres exemples que beaucoup ont en commun. Mais vers huit ans, lorsqu’ils grandissent et s’ouvrent plus au monde concret et réel qui les entoure, les enfants n’évoluent pas au même rythme. Certains sont confrontés plus brutalement à la réalité que d’autres (en raison d’un décès, d’un divorce, d’une maladie ou tout simplement parce que des grands frères et des grandes soeurs leur ouvrent la voie). D’autres, à l’inverse, sont épargnés par ces accidents de la vie et grandissent à un rythme plus lent, plus harmonieux. Ces décalages dans le développement de chacune des fillettes, créent des divergences de compréhension face aux événements. Certaines veulent rester encore enfants et d’autres cherchent à grandir vite. Inévitablement, cela produit des décalages, des incompréhensions, des désaccords. Les fâcheries peuvent enfin commencer.

 

 

Conseil N°1

 

Ne prenez pas la défense de votre enfant au point de devenir tout à la fois la confidente, l’avocate, la justicière et la psy. Vous risqueriez de retomber à l’époque où vous-même avez traversé ce conflit en amitié et de vous substituer à votre fille. Laissez-la vivre, même si c’est intensément, cette crise qu’elle devra surmonter pour évoluer, au risque d’en souffrir un peu.

Écoutez-la, mais sans excès. Apprenez-lui à patienter et à différer sa vengeance, car ses émotions trop vives l’empêchent d’y voir clair. Et surtout, ne réglez jamais un conflit dans l’urgence.

 Dites-lui que vous aussi avez connu ces affres au même âge et que vous vous en êtes bien sortie. Toutes les fillettes passent par là et, en six mois ou un an, ces mauvais souvenirs auront disparu.

 

 

Conseil N°2

 

Il est naturel de vouloir se défouler sur plus faible que soi. C’est pourquoi votre fille s’en prend à son frère. Dans ce cas, soit le petit est suffisamment armé pour résister aux assauts de l’aînée et il se renforce grâce à elle, en apprenant les parades, en esquivant les humiliations et ainsi il se prépare à affronter les éventuels moqueries et quolibets de ses propres camarades. Soit il en souffre vraiment et a besoin d’être défendu. Dans ce cas, en tant que parents, il vous revient d’intervenir auprès de votre fille en lui indiquant ce dont elle ne se rend pas compte : « Tu t’en prends injustement à ton frère au lieu de t’adresser à tes copines ». Continuez dans ce sens en lui suggérant l’idée suivante « Peut-être que tu cherches à te défendre en observant comment ton frère fait avec toi. Tu t’inspires de ses réactions pour les appliquer ensuite contre les copines qui te malmènent ? » En effet, il est possible que votre fille se serve de ses incartades contre son frère comme pour mieux se préparer à répondre à camarades qui la rejettent, une sorte de répétition, comme lors d’une séance de psychodrame, pour mieux se préparer à affronter l’adversité.

 

 

Harry IFERGAN

 

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