« Un week-end à... Londres | Accueil | Dans mon sac de paresseuses, il y a ... »

"Ma fille, mon miroir"

13.05.2011

 

Ifergan

Aujourd'hui, c'est une maman qui se reconnait (trop ?) dans sa fille qui passe sous le scanner d'Harry Ifergan ...

Nelly a dit...

"J’avais toujours rêvé d’avoir une petite fille à laquelle je pourrais lire les livres que j’aimais dans mon enfance et à laquelle je pourrais mettre les robes à pois qui m’ont toujours fait rêver. Tout allait bien jusqu’à l’âge de 4 ans environ. Mais aujourd’hui, elle en a 7 et il y a des jours où j’ai l’impression de retrouver en elle tout ce que j’étais, moi, quand j’étais petite et que je n’aime pas. Sa timidité, par exemple. Ou alors, elle est godiche en photo, comme moi autrefois. Des petits détails qui m’irritent et qui font que je m'énerve parfois contre elle, alors qu'en fait, c'est envers moi que je m'énerve. Je crois que je réagis parfois avec une certaine dureté et que je la blesse. Que faire ?"

 

La réponse d'Harry Ifergan

Nelly, vous posez là non pas une question, ni deux, mais bien 30. En fait c’est une vie entière que vous nous offrez à lire. Une vie de mère en fille. Le grand dilemme de tout parent est bien décrit dans votre question, simple en apparence.


Dans la mesure où je ne vous connais pas, Nelly, ce qui va suivre n’est qu’une interprétation (sûrement hâtive) et ne relève pas d’une vérité scientifique. Il s’agit d’une hypothèse fondée sur une intuition.

 Qu’est-ce que le « désir », tel qu’on peut l’éprouver pour son enfant ? L’aimer, est-ce suffisant ? Le protéger, l’éduquer, le soigner, le cajoler, bien sûr, nous le faisons. Mais avoir le désir de le voir « grand, fort, autonome, libre et heureux » ?  Nous en rêvons tous pour nos enfants.

Le rêve s’arrête là ! Stop ! Marche arrière toute !

Faisons-nous des enfants pour qu’ils nous ressemblent ? Les avons-nous mis au monde pour qu’ils soient la projection ou la continuation de nous-mêmes ? Sont-ils là pour réparer ce que nous avons mal accompli ? C’est tout cela qu’on peut lire entre vos lignes.

Avec une formule lapidaire, certes, je dirais que nos enfants ne nous appartiennent pas, ils s’appartiennent. Les enfants savent très bien lire dans nos pensées ce que nous-mêmes parvenons à nous cacher inconsciemment. Je le constate, d’ailleurs, tous les jours lorsque je reçois des familles dans mon cabinet. Ce qui est un secret bien gardé par les adultes, les enfants vous le dessinent, spontanément, et les parents sont ébahis et interloqués par la lucidité de leurs bambins.


Donc selon moi, votre fille sait très bien lire quel est votre désir à son endroit. Ce que vous avez tant souhaité, elle vous le joue, elle vous le donne, elle vous le restitue, me semble-t-il. Elle fait, il est possible que vous ayez voulu lire sur elle ce que vous avez été. Elle aura su endosser ce que vous avez voulu lui transmettre.

Mais il est également possible que, malgré tous les efforts que vous avez déployés, pour la voir grandir au mieux et heureuse, elle soit ce qu’elle est pour le moment : c'est-à-dire : « timide, godiche », etc. Peut-être est-ce là sa nature profonde, son caractère ?

Sachez que nous supportons très mal que ceux qu’on aime nous renvoient l’image peu glorieuse de ce que l’on a été. Nos failles, nos manques et nos défauts nous sautent plus aux yeux lorsqu’ils sont portés par ceux que nous aimons. Vous avez là, sous vos yeux, une génération plus tard, la copie conforme de ce que vous avez été.


1/ Cela prouve que vous avez bien changé et en mieux, évidemment.

2/ Comme VOUS avez su changer, ELLE changera sûrement.

3/ Votre fille se sert encore de vous comme tuteur (jusqu’à son adolescence où là, elle s’écartera du modèle que vous constituez pour elle)

4/ Vous ne pouvez pas trop lui en vouloir car, au fond, c’est plus à la petite fille que vous étiez que vous en voulez.

5/ Le fait de parvenir à le dire (l’écrire) prouve que vous percevez bien ce qui vous remue et  indique que vous comprenez bien que votre fille n’y est pour rien

6/ Nous espérons exonérer nos enfants des erreurs et complexes qui ont entravé notre enfance et notre adolescence. Mais c’est peut-être une erreur. Laissons-les expérimenter les méandres de la vie et laissons-les se développer selon leur cheminement propre.

 

Lisons ensemble ces quelques lignes d’un écrivain visionnaire

 

KHALIL GIBRAN,

« Le prophète »

Editions Mille et une nuit (1997)

 

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.


Harry IFERGAN

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00e54f10584c88340154323b5e43970c

Listed below are links to weblogs that reference "Ma fille, mon miroir":

Commentaires

Quizz

  • Instagram x Les Paresseuses

     

    On adore les cookies, chez les Paresseuses. Mais pas uniquement ceux que l’on croit ;) En continuant votre navigation sur le Blog, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettent de mesurer notre audience et de faciliter le partage de contenus vers les réseaux sociaux. Plus d’infos par ici :)

C'est nouveau

Promotion