« Pour ou contre... la reine d’Angleterre ? | Accueil | J’ai testé... la BB crème »

Mes vacances à … La Nouvelle-Orléans

13.06.2012

 

 

 

 

« Du cousu main pour paresseuses méritantes » nous dit Marie, alias Marie Belouze, compagnonne de longue date des Paresseuses, auteur culte des Bons plans anti-cellulite des paresseuses, des Recettes minceur, du Cahier minceur et autres Bibles anti-kilos en trop... et notamment du petit dernier, Les paresseuses, The régime, dont on reparlera très vite. En attendant, cette frenchie exilée aux Etats-Unis nous raconte ses vacances : un vrai melting pot d’influences, isn’t it ? 

 

 

 

 

« Remettons les choses à leur place, la Nouvelle-Orléans répond au doux nom de La BIG EASY. A ne pas confondre avec La BIG APPLE (sans vouloir offenser les quelques paresseuses qui aiment New York). Là-bas on est pressé, pas vraiment jovial, tout de noir vêtu et logé dans un placard à balai (cow-boys de Wall Street exceptés). Bref, on se croirait à Paris. Tandis que l’autre big machin chose…

 

Le mois d’avril, une semaine de vacances avec le fiston musicien. J’habite depuis 12 ans aux US (une petite ville sur la côte de Géorgie), mais je n’ai que des clichés en tête. La Nouvelle-Orléans c’est Katrina, les crimes, le Mardi Gras débridé, les blacks qui dansent derrière les fanfares aux enterrements, les écrevisses à l’étouffée, et le jazz, on vous l’accorde.

 

 

 

Bastringue and co

 

On the road Dix heures d’une autoroute des plus rasantes, et enfin un panneau – en français, s’il vous plaît – « Bienvenue en Louisiane ». J’ai beau savoir que les Américains se gorgent de French fries, French doors, French bread, French kiss et autres cochonneries, ça fait un choc. J’en viendrai presque à maudire Napoléon qui a vendu la Louisiane pour financer son éphémère conquête de L’Europe.

Un pont interminable suspendu au-dessus du Mississipi, lui-même d’une taille impressionnante, et au loin quelques gratte-ciel, point de repère inévitable d’un downtown de toute ville américaine qui se respecte. Je sais que c’est le Business District, séparé du French Quarter par Canal Street, une artère point de repère bien utile au touriste moyen. Je ne sais pas de quel business il s’agit, on y trouve surtout des banques, normal, toutes les grosses chaînes d’hôtels et un ou deux arrêts de tramways pour qui veut - et doit - aller s’aventurer uptown (on en reparlera).

 

L’hôtel A l’angle de Canal et Bourbon Streets. Notez que les locaux, sans doute génétiquement paresseux, disent Canal, ou Bourbon, ou Chartres, ou Royal, ou Dauphine, le street c’est trop fatigant. Un coup d’œil au brass band qui s’époumone au coin de la rue, entouré d’un attroupement averti. Des pros, jeunes et vieux, cuivres, trompettes, et grosses caisses de rigueur, trop bon enfant, trop clichés, trop Nouvelle-Orléans, mais j’oublie d’être cynique, il n’y a vraiment pas de quoi, et je souris jusqu’aux oreilles.

 

La soirée Histoire de prendre ses marques, ce soir c’est le French Quarter, dit aussi Le Vieux Carré, c’est-à-dire Bourbon Street (hommage au Roi Soleil) ou rien. Des cohortes déambulent déjà à moitié bourrées dans leur t-shirts bleus ou rouges. Fallait le savoir, le Super Dôme va abriter le « National College Championship » de Basket Ball, Kansas versus Kentucky, 150.000 fans armés de leur cannette de bière ! Alors bravement nous aussi, on déambule.

On passe en revue tous les clubs en espérant repérer du vrai jazz dans la cacophonie ambiante. Et il y en a pour tous les goûts. Du rock, du funk, du reggae et bien sûr du jazz traditionnel, dont les fameux brass bands de rue. On s’attarde un peu au Preservation Hall où des musiciens plus très jeunes jouent avec paresse, comme personne ne le joue plus, le vrai style New Orleans, appelé aussi Dixieland ou simplement Old Style. Preservation Hall est un lieu unique, une survivance des clubs tels qu'ils étaient au début du XXe siècle et qui ont tous disparu. Ouvert en 1960 par le musicien Allen Jaffe, des artistes du monde entier vinrent lui offrir des Jazz Funerals dignes de ce nom, à sa mort en 1987.

Entre-deux, il faut bien se sustenter, les aventures ça creuse. Un conseil, visez le petit restaurant pas trop bondé si faire ce peut. Mieux, exprimez-vous. J’explique : vous rentrez dans une boutique, de préférence déclassée, c’est-à-dire qui vend de l’absinthe (légal en Louisiane) (*), des articles de Vaudou, ou des fringues de jeunes créateurs. Vous faites semblant d’examiner quelques articles et vous lâchez de votre voix la plus naturelle : « vous connaissez un petit resto dans le coin ? » Forte de votre accent franchouillard, vous ne tarderez pas à faire sourire. Charmé par tant de Frenchitude (ne me demandez pas, je ne comprendrai jamais pourquoi ça les fait fondre), on vous abreuvera de recommandations.

On choisit donc ledit petit restaurant dans la rue même. Bien le lieu, bien le plateau de « samples » ou échantillons de cuisine créole. Du gombo (ragoût avec saucisses de porc, poulet ou crevettes et okras), jambalaya (riz avec poulet ou fruits de mer), riz blanc, haricots rouges, soupe d’écrevisses. Et pour couronner le tout du pain perdu, aromatisé au rhum et aux noix de pécan, arrosé au sirop de canne à sucre. Ne poussez pas des cris d’effroi au récit de tant d’agapes, les portions sont raisonnables, comparées aux montagnes de plats frits du sud des Etats-Unis. Si vous saviez… ils nous font frire tout ce qui bouge à Dixieland, même les crabes et les huîtres.

Demain, promis, on fait les « autres » enseignes, en espérant y croiser en live quelques « pointures du jazz ».

 

(*) Musée de l’absinthe - 823 Royal Street

(*) Musée du Vaudou - 724 Dumaine Street.

 

 

 

Laissez le bon temps rouler

 

Enfin seuls Ou presque. Il semble que les fans sont rentrés dans leurs pénates. Croyant naïvement que c’est le désert, on se dirige d’un pas décidé vers Vieux Carré, précisément vers le « Café du Monde » à Jackson Square, pour y prendre un petit-déjeuner « à la française », un expresso ou café au lait et leurs fameux beignets. La queue. Il paraît qu’il ne faut pas se laisser impressionner, mais simplement s’adosser au mur du café et attendre que l’on vienne prendre votre commande. Pas la patience, on passe notre chemin et on va flâner plus loin.

Plus loin, pas très, c’est le French Market. Un dédale d’importations indiennes, d’artisans locaux et de bars à huîtres qui ne servent pas que des huîtres. Je craque (raisonnablement) pour un mimi sac au look Chanel. Le genre de truc que j’ai déjà en dix exemplaires, je le reconnais volontiers, mais pas de la même taille…

 

 

Let the good time roll Direction les rues adjacentes. Traînasser, musarder, flemmarder, vadrouiller, « laisser le bon temps rouler » (expression locale d’origine cajun), ça se mérite dans le French Quarter. Alors on ouvre grand les yeux et les oreilles. Côté visuel, du charme, partout des bacons en fer forgé extrêmement travaillé, des cours privées agrémentées de fontaines, des jardins et patios secrets, des boutiques achalandées d’on ne sait trop quoi. Côté auditif, encore des brass bands, mais aussi un groupe de rue, des gens qui dansent, un musicien solitaire qui gratte sa guitare sur le pavé, de la bonne humeur cosmopolite partout. Un vrai délice !

En parlant de délice, on repère le restaurant indiqué par la jeune femme française de la réception de l’hôtel. Le Royal Cafe, à l’angle des rues Royal et Conti. On choisit de s’installer au balcon qui domine la rue et qui penche, mais pas dangereusement je l’avoue. Après avoir lorgné sur les raviolis au homard et le boudin créole, je commande, exceptionnellement, des huîtres « Rockefeller ». Des huîtres chaudes couronnées d’épinards, bacon et chapelure dorée à point. Etonnamment goûteux.

 

 

 

Où donner des oreilles

 

Les incontournables Business is business, le soir même on fait les « autres » lieux. Direction Frenchmen Street (la bien nommée), dans le quartier Marigny, à un jet de pierre au nord du French Quarter. Une rue entière consacrée à la musique où les locaux aiment traîner pour entendre certains des meilleurs musiciens de la Nouvelle-Orléans. Bonus, les entrées sont gratuites ou 10 $ seulement et les boissons pas chères. Certes, il y a bien quelques clodos et pochards parmi la foule omniprésente sur les trottoirs, mais pas de quoi fouetter un chat.

Le DBA et le Snug Harbour, deux piliers de Frenchmen Street, deviendront notre QG, du moins pour la première partie de la nuit. Avec une constance remarquable, on regardera sur le net le programme musical de la soirée. (http://www.bestofneworleans.com/gambit/EventSearch).

Religieusement chaque jour, un peu avant 8 h, nous sommes au Snug Harbor, club célèbre dans tous les Etats-Unis. On y écoutera le patriarche de la famille Marsalis, Ellis, pianiste, professeur, père de Wynton, Branford, Delfeayo et Jason, tous musiciens virtuoses. Vous ne pouvez pas les rater, ils jouent une fois par semaine. On se gavera aussi au même endroit de cuisine locale et de Free jazz, à l’accent sophistiqué et malin, très hip.

Et comme si ce n’était pas suffisant, surmontant ma paresse intrinsèque je me laisserai entraîner quasi quotidiennement au Mapple Leaf, de l’autre côté de la ville (8316 Oak Sreet). On y écoutera du funk, plus précisément le groupe « Papa Grows Funk » et du blues, le « Rebirth Brass Band » entre autres. Les concerts au Mapple Leaf commençant à 11 h ou minuit, il vous sera facile le cas échéant d’assouvir une petite faim chez Jacques Imo's Cafe, la porte à côté. Jacques Loenardi, habillé en « chef » de la tête aux pieds y parade chaque soir. On lui pardonne bien volontiers son accoutrement, ses prix sont raisonnables et sa cuisine de spécialités créoles et cajuns vous chatouille les narines d’effluves exotiques.

Sans jamais nous sentir menacé par qui que ce soit malgré la réputation sulfureuse de la ville, on rentrera en taxi (demander à l’entrée que l’on vous en appelle un) sous le coup de 2h du matin.

 

Et la perle rare Encore un peu de courage, vous ne pouvez pas rater « Baccanal » (600 Poland Avenue), dans le quartier Bywater à l’est du French Quarter et de Marigny. Un quartier chaleureux aux maisons roses et jaunes, aux rues étroites, parsemé de restos ethniques, et surtout d’un bar à vin, le Baccanal. On y dîne de tapas préparés par des chefs locaux dans le spacieux et luxurieux jardin en écoutant de la musique manouche le week-end. Les guitaristes, Raphaël et Pierre sont de très bons musiciens, Français rien de moins, immigrés depuis longtemps au pays des rêves. Le samedi, se joignent à ceux, selon les circonstances, des trompettistes, des clarinettistes, des bassistes et autres jazzmen locaux. Mon endroit préféré, une ambiance unique !

 

(*) More places :

- House of Blues - 225 Decatur Sreet.

De grands concerts de r'n'b, de blues, de funk, avec souvent des artistes connus. Y entendre Allen Toussaint est un privilège enviable.

- Les jazz brunchs du dimanche à l'ultra chic hôtel The Columns, sur St. Charles Street.

 

 

 

Un tramway nommé désir

 

See you later Au lieu de faire les musées (il y en a quand même quelques-uns à NOLA), on fait Magazine Street dans le Garden District et ses belles demeures du Sud. Certes, on pourrait marcher, néanmoins, on opte pour les fameux Streetcars, tramways vieux de plus de 150 ans. Bien nous en prend, la rue fait au moins 10 km de long ! Une ligne va de Jackson Square au parc Audubon et traverse tout le Garden District. Une autre, celle des Ladies in Red (dames en rouge) longe les berges du Mississipi. Une autre encore part de Canal Street à l’ouest du French quarter. On peut acheter un forfait pour une journée ou plusieurs pour quelques dollars, ce qui permet de monter ou descendre à volonté.

Me voilà donc dans le streetcar à papoter avec ma voisine, une artiste espagnole de Barcelone, qui vend ses peintures sur le trottoir à Jackson Square. Quand tout à coup, la conductrice du tram lance de son ton le plus détaché « I will be back right away » et plantant ses passagers, disparaît de l’autre côté de la rue. Qu’elle revienne un jour je n’en doute pas, mais le « right away » me met la puce à l’oreille. Le « tout de suite », je sais de quoi il retourne. De fait, on mijote 20 bonnes minutes sous le cagna. Les spéculations vont bon train sur la destination et les activités supposées de notre conductrice, suivies de quelques protestations étouffées. Je refreine mes quelques instincts ataviques de Parisienne pressée. J’essaie d’apprécier le cocasse de la situation. Je me convaincs sans mal que l’expérience ne peut avoir lieu qu’ici. Et soudain, la voilà de retour, fière, la tête haute, sans l’ombre d’un regard coupable. Personne ne bronche. J’ai envie de l’applaudir. Je m’abstiens, ça pourrait être mal interprété.

 

La boulangerie du coin Le Garden District (bordé par St. Charles Avenue et Magazine Street, Jackson Street et Louisiana Avenue) a beau être bourré d’hôtels particuliers originellement aristocratiques et de jardins exquis, nous on va à la boulangerie française. Je suppose que la boulangerie du coin vous laisse de marbre, mais comprenez que, privée depuis des lustres de notre sublime art culinaire, l’évocation d’un simple croissant puisse m’émouvoir profondément.

N’ayant pas l’adresse précise, il est long le chemin. Magazine est découpée en portions, un kilomètre résidentiel, suivi d’un autre kilomètre bourré de restos sympas avec terrasse, d’antiquaires et de boutiques de fringues chères ou de fringues rétro. Entre-temps on se sustente à une table bancale d’un sandwich au jambon fumé et pesto dans un Deli (une épicerie resto) couleur – très - locale. On y trouve absolument de tout, des centaines de bières différentes, du café « bio » (ici dit « organic »), des gadgets de années 70 et même de la crème de marron de chez nous. Fascinant !

Enfin le parfum de ladite boulangerie, française jusqu’aux ongles, sauf qu’il y a des tables comme dans un troquet. On commande un expresso et un financier tout frais moulu. Une fois remise de mes émotions, je regarde alentour. Les murs sont couverts de tableaux très sympas genre « pop art ». Après renseignements, il s’agit des « signs » (des signes en bon français) de Simon, un copain – encore français - du patron. Il habite une maison dans le quartier (vrai, les artistes vivent de leur art à Nola). On ira plus tard lui acheter quelques signs, car non seulement il est adorable, mais ses prix sont incroyablement raisonnables.

 

 

 

I will be back

 

Il faut bien en partir, et j’ai le blues. Non seulement je n’ai pas vu le temps passer, mais j’ai pris mes marques, je me sens comme chez moi. Si je devais habiter une grande ville américaine, ce serait celle-là. Je ne suis pas la seule apparemment, quand on a goûté à la Big Easy, on y reste ou l’on en part à regret.

Pas culturelle ma visite ? Au contraire. Des vacances sans musée pour une fois, juste une immersion totale dans cette ville unique au monde. Une ville qui n’est que culture, d’une culture vivante et rebelle, qui ne se laisse pas enfermer dans des musées. Dont le tissu social reflète un mélange étonnant de traditions américaine, africaine, cajun, française et créole. Et dont on respire à pleins poumons l’air saturé de jazz.

Direction l’aéroport cette fois, un aéroport nommé - Louis Armstrong - évidemment. »

 

 

 

 

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00e54f10584c88340167675c9aeb970b

Listed below are links to weblogs that reference Mes vacances à … La Nouvelle-Orléans:

Commentaires

Quizz

  • Instagram x Les Paresseuses

     

    On adore les cookies, chez les Paresseuses. Mais pas uniquement ceux que l’on croit ;) En continuant votre navigation sur le Blog, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettent de mesurer notre audience et de faciliter le partage de contenus vers les réseaux sociaux. Plus d’infos par ici :)

C'est nouveau

Promotion