Les élections américaines à la loupe et à la louche (Part II)
En direct, par Marie Belouze-Storm !
« Règlement de compte à O.K. Corral
Mardi 16 octobre – 2ème et avant-dernier débat présidentiel, à Hempstead (Long Island) dans l’État de New-York.
Les protagonistes ont été coachés pendant des jours, une préparation digne de Mohamed Ali au pic de sa carrière. Big deal, le dernier débat a affiché 10 millions de tweets. Le décor, un « town hall meeting », traduisez un public de 80 indécis triés sur le volet qui vont poser des questions aux candidats. Histoire d’éclairer leur lanterne au cas où ils seraient malentendants, après tout la campagne ne bat son plein que depuis un an.
Pas de fioritures, 2 minutes pour répondre, du concis, du concentré, de l’efficacité. Sans compter que le town hall meeting va permettre à Mister President et à Mister Ex-gouverneur Romney de se dégourdir un peu les jambes au lieu d’être raides comme des piquets derrière leurs pupitres respectifs.
Œil pour œil, dent pour dent
On attend du mordant, derniers sondages avant le débat : Romney est en tête avec 50% contre 46, le bateau de Barack prend l’eau ! Selon ses dires, il aurait été trop poli lors du premier débat, on le croit, il est fort bien élevé, ce garçon !
Au grand soulagement de tous les Démocrates, Barack garde la tête haute, il a l’œil vif, il est prêt à en découdre. Il s’engage derechef dans un corps à corps avec Romney. Il ira même jusqu’à la confrontation, en lâchant de temps en temps un « c’est faux » ou « ce n’est pas vrai » bien senti (voire agressif dans le contexte d’un débat à l’américaine).
Les questions se succèdent et les candidats s’affrontent plus qu’ils ne répondent à l’assistance. Ils arpentent la scène, s’invectivent, se rapprochent même dangereusement l’un de l’autre comme des coqs de combat. Chacun défend pied à pied, qui son bilan, qui son programme. Éducation, jobs, impôts, immigration, droits des femmes, Lybie, énergie, Obamacare, tout y passe.
La stratégie de Romney ? Se présenter comme l’homme d’affaires qu’il est, champion présumé de la création d’emplois. En sus il veut baisser les impôts de tout un chacun de 20%. Et la dette nationale dans tout ça ? On compte sur la relance de l’économie, en bref, les gens ont plus de sous à dépenser, les entreprises se frottent les mains et embauchent à tour de bras. On supprime aussi (sans dire lesquelles) quelques-unes des multiples déductions dans le code des impôts. Monsieur Romney, on vous a compris, le système économique repose sur la consommation, et il faut consommer pour relancer l’économie, mais tout de même on ne va pas manger trois poulets par jour pour vous faire plaisir !
La stratégie d’Obama ? D’abord se défendre pied à pied, ne rien laisser passer. Et convaincre l’audience qu’il est le défenseur de la classe moyenne ; pointer au passage que, chiffres en main, les promesses de Romney ne tiennent pas la route ; voire insinuer que l’adversaire en question est un bon acteur qui change d’avis comme de chemise.
Le top du pugilat
Clash sur les impôts. Obama lance, enfin, à Romney son infamante déclaration (il y a quelques semaines à un groupe de donneurs de fonds) sur les 47°/° d’Américains qui sont, selon lui, des assistés, des victimes, des profiteurs. Et demande dans la foulée s’il trouve juste que le gouverneur paye 14% d’impôts (petit tour de passe-passe comptable, déductions tout azimut et placements off-shore inclus), alors que sa secrétaire en paie 30%.
Clash sur la Lybie. Non seulement Romney met en cause la politique étrangère d’Obama, mais il lui reproche d’avoir caché la vérité au public et de ne pas avoir nommé un chat, un chat, c’est-à-dire avoir déclaré qu’il s’agissait d’un acte terroriste. Plus, il invective le Président qui n’aurait pas prononcé dans son allocution depuis la Maison-Blanche le lendemain de l’attaque, le seul mot important aux yeux de tout Républicain qui se respecte : « terrorist act ». Qui dit mieux dans l’art de couper les cheveux en quatre ! Pas démontée, la médiatrice (une journaliste de CNN) vérifie et confond Romney. Alléluia, il l’a prononcé !
Et Obama d’enchaîner que les paroles du gouverneur sont insultantes, qu’il ne tolérera pas de remarques désobligeantes sur son rôle de président, que son seul souci est de protéger les Américains et qu’il l’a prouvé (cf. Ben Laden), que c’est lui qui accueille les cercueils à leur retour, qu’Hillary Clinton did a good job, etc., etc. Bref, un Obama dans toute sa superbe, magnifiquement présidentiel !
Bilan des courses
Les deux partis crient victoire. Le sondage des téléspectateurs donne cependant la main à Obama 46% contre 39. Ce léger avantage va-t-il se traduire dans les sondages nationaux ? Et surtout dans les swing states ? On croise les doigts !
Prochain et dernier débat présidentiel lundi 22 octobre. Affaire à suivre… »




