Les élections américaines à la loupe et à la louche (Part III)
Un nouveau rebondissement raconté, comme toujours, par notre envoyée très spéciale, Marie Belouze-Storm !
« Les gladiateurs sont dans l’arène
Troisième et dernier débat présidentiel avant les élections.
Plutôt intime, l’auditorium, à l’université Lynn à Boca-Raton en Floride ne compte que 2100 étudiants.
Barack et Mitt sont sagement assis derrière un bureau, prêts à en découdre sur la politique étrangère. Lybie, Syrie, Égypte, Afghanistan, Pakistan, Chine, Israël, il y a du pain sur la planche ! Quoique… on se doute que Romney (sourire éternel mais peu catholique) veut orienter le débat sur l’économie et qu’Obama (sourire charmeur mais coincé) va avoir à justifier le manque de sécurité du consulat de Benghazi. La « vérité vraie » est que Romney veut apparaître « présidentiel » et qu’Obama veut l’en empêcher à tout prix.
On ne perd pas de temps en préambules, première question sur la Lybie. Inattendu, au lieu d’attaquer Obama, Romney le félicite pour la mort de Ben Laden et dévoile une partie de sa stratégie : Du muscle ! Pas de quartier pour les extrémistes ! L’Amérique doit retrouver son rôle de leader. Pour ce faire, il faut être costaud, c’est-dire avoir une économie forte, réduire les impôts pour les petites entreprises, et créer plus de 12 millions de jobs. Sinon, je vous préviens, on va finir comme la Grèce (dixit) ! Bref, on en revient toujours à nos moutons !
Autre aspect de sa stratégie : ne pas mordre à l’appât ou encore ne pas répondre aux attaques d’Obama, qui revient sans cesse à la charge en le faisant passer (à juste titre) pour quelqu’un qui change d’avis comme de chemise.
Tout va très bien Madame la Marquise
On croit rêver, les protagonistes tombent d’accord sur pas mal de points. S’occuper de ses affaires à la maison, soit « nation building » est leur leitmotiv.
En dehors des pics habituels, on est sur la même longueur d’onde. La Syrie ? On est d’accord pour organiser l’opposition, à condition de savoir à qui on a affaire. L’Égypte ? On fait pression sur le gouvernement pour la démocratie. Israël ? Nos candidats affirment tous deux qu’ils soutiendraient militairement sans ciller leur ami de toujours si l’Iran acquiert une arme nucléaire. L’Afghanistan ? On en part fissa en 2014 puisque l’on aura réalisé ses objectifs (après 10 ans de guerre, c’est pas du luxe !).
Seule divergence de taille, le budget de l’armée, ça accroche sur les chiffres. Romney accusant bien sûr Obama de vouloir décimer le budget militaire. La preuve, tout va à volo, la Marine a moins de vaisseaux ! Sauf que le budget des États-Unis est en l’occurrence supérieur à la somme globale des 10 pays aux plus hauts budgets militaires. Que diantre on n'est pas première puissance par hasard !
La réponse d’Obama est cocasse. Il lance à Romney que si l’on a moins de vaisseaux de guerre, on a aussi moins de chevaux et de baïonnettes ! Et que l’important est de restructurer l’armée en l’équipant avec les dernières technologies. Bien joué, Mister President !
Les hauts faits du pugilat
Surprenant, c’est le moins qu’on puisse dire, gouverneur Romney se déclare champion de la paix dans le monde (bye, bye le style cow-boy de Bush). Il ira même jusqu’à clamer dans sa conclusion au débat, que l’Amérique est l’espoir de la terre ! Comme vous y allez gouverneur, un peu d’éloquence ne fait de mal à personne, mais un peu de décence est parfois de bon aloi.
Autre perle qui fait quelques vagues : Romney a bien l’intention, dès le premier jour de son mandat (il précise bien), de qualifier la Chine de « grande manipulatrice de monnaie ». Certes, mais lancer à la Chine ses quatre vérités est une très mauvaise idée. Ne détient-elle pas la plus grande partie de la dette américaine ? Faudrait pas les mettre à cran, avec leur nouveau leader et la baisse de leur croissance intérieure, ils pourraient mal le prendre, Monsieur Romney.
Bilan du débat, tout le monde est gagnant, comme d’habitude. Vrai, Romney a tenu bon (il transpirait un peu du front, mais on était en Floride), mais n’a pas réussi à convaincre de la faiblesse d’Obama en matière de politique étrangère (ce n’est pas faute d‘avoir essayé avec virulence). Obama s’est montré combatif sans être agressif (tour de passe-passe pas évident) et à part gribouiller un truc ou deux, a gardé la tête haute, contrairement au premier débat dévastateur.
La roulette russe
Derniers sondages (avant débat) : 47 contre 47%. Il est à craindre que le dernier débat n’y changera rien.
Le pire est que l’un des candidats peut remporter le vote populaire et perdre les élections ! Why ? A cause du vote électoral. En fait l’élection présidentielle américaine est une élection au suffrage universel indirect. Le vote de tout un chacun passe par des « grands électeurs », représentants du peuple américain chargés d’élire le président des États-Unis. Chaque État reçoit autant de grands électeurs qu'il possède de représentants et de sénateurs au Congrès. Généralement, la paire de candidats (président/vice-président) qui obtient le plus de voix au niveau national obtient le soutien du plus grand nombre de grands électeurs, mais la mécanique électorale ne le garantit pas forcément. Il y a eu des exceptions, comme en 2000 (Bush contre Gore), où le collège électoral n'a pas élu le candidat ayant recueilli la majorité des suffrages populaires.
J - 14
Le 6 novembre prochain, le candidat qui sera élu devra recevoir la majorité absolue des votes du collège électoral, soit 270 voix. On joue gros !
Affaire à suivre… »






