Les élections américaines à la loupe et à la louche
Par Marie Belouze-Storm, l’auteur minceur des Paresseuses (The régime, c’est elle, mais aussi Les recettes minceur, Les bons plans anti-cellulite) et accessoirement exilée (volontaire !) aux US. D’où elle nous envoie ce témoignage en direct live sur des élections nettement plus hautes en couleur que nos habitudes tricolores.
« A couteaux tirés
Les élections 2012 ? On se saute à la gorge, toutefois quand on ose parler politique. Pour vous dire, même entre amis, on se méfie, on s’observe, on est prêt à se planter un couteau dans le dos ! En tant que Française, ça m’impressionne, en tant qu’Américaine, je trouve que c’est presque normal, après tout les enjeux sont de taille !
Un petit topo sur les protagonistes
Barack Obama, que l’on ne présente plus, beau, intelligent, pas macho et tout et tout (je suis une fan et j’assume) contre Mitt Romney, mormon, ex-gouverneur du Massachusetts, homme d’affaires, légèrement grisonnant mais pas trop, et millionnaire (voire milliardaire) à ses heures perdues. Et pas mal réac. Quoique, après avoir mené une campagne digne de l’extrême droite pour satisfaire sa base électorale, il essaie de virer au centre pour séduire les Indépendants. Les fameux Indépendants sont simplement une poignée d’électeurs non-inscrits dans un parti et qui se décident selon les circonstances. En réalité, il n’y a que deux partis, les Démocrates et les Républicains, et ce n’est pas près de changer.
Le programme de Barack Obama ? Après « Yes, we can » : « Forward », en gros, on va de l’avant, on ne lâche pas sur les réformes, investissements dans les infrastructures (qui sont dans un état lamentable), énergies renouvelables, droits des femmes et maintien de la baisse des impôts pour la classe moyenne. Une baisse - soi-disant temporaire - instaurée par Bush pour tout le monde, y compris les millionnaires. Obama veut conserver le break d’impôt, mais pas pour ceux qui gagnent plus d’un million de dollars par an. Petit détail : je me demande comment avec un Congrès dont la majorité républicaine à la Chambre des Représentants a pris en otage toute décision politique. Les Républicains, qui considèrent l’annulation d’une baisse temporaire de l’impôt comme une augmentation (vous me suivez ?), ont presque tous signé une promesse écrite de ne jamais, au grand jamais, en aucune circonstance, augmenter les impôts.
Résultat, pour réduire le déficit (tonneau des Danaïdes il est vrai), les partis ont signé un accord sur un non-accord (vous me suivez encore ?), qui se résume ainsi : en cas de non-accord sur la réduction de la dette nationale avant la fin de l’année, on joue à qui perd-gagne. Traduisez annulation de la baisse d’impôts, coupes sévères dans le budget de l’armée et programmes sociaux, bref personne n’y gagne, tout le monde y perd (vous me suivez toujours ?). Le jeu s’appelle « fiscal cliff », la falaise fiscale, en d’autres termes : on est au bord de la falaise et il n’y a plus qu’à sauter en se tenant la main !
Le programme de Mitt Romney ? Toujours moins de gouvernement (la bête noire des Républicains) ; annulation de l’« Obamacare », terme qui combine « medicare » (assurance maladie gratuite ou presque pour les plus de 65 ans) et du nom Obama ; baisse d’impôts pour tout le monde ; coupes sévères dans les programmes sociaux (éducation et santé). Grand rêveur, Mitt promet aussi l’indépendance énergétique dans 10 ans et la création de 12 millions d’emplois.
Lever de rideau
C’est l’heure des débats, ou plutôt des shows, toute l’Amérique est rivée à son poste de télé. Car il faut vous dire que ce que nous entendons par « débat » dans l’hexagone, n’a rien à voir. Un débat à l’américaine consiste à laisser parler son interlocuteur, quitte à bailler d’ennui. Et bien sûr, il faut un gagnant, un pur, un dur, que la presse couronne le lendemain à grands coups de sondage sur Twitter. Le plus triste est qu’un certain nombre d’électeurs votent en fonction de la performance d’acteurs des candidats. Aux US la forme compte beaucoup, le fond moins.
Mercredi 26 septembre… débat présidentiel
La cata pour les fans d’Obama. Les spéculations vont bon train, mauvaise préparation, mal des montagnes (débat dans le Colorado à 3000m d’altitude), manque de personnalité… J’admets, il a l’air « crevé », Barack, trop poli, tête baissée, bref, méconnaissable ! Je le soupçonne même de s’ennuyer ferme et de regretter de ne pas être avec Michelle pour leur 20ème anniversaire de mariage. Mitt le domine de toute sa hauteur condescendante et mensongère. Et est déclaré gagnant incontestable. Résultat, l’avance d’Obama dans les sondages s’évapore comme neige au soleil. Pire, Romney est maintenant en tête.
Jeudi 11 octobre… débat vice-présidentiel
Jo Biden, vice-président, démocrate jusqu’à la moelle, vieux routier de la politique et champion de la classe moyenne contre Paul Ryan, républicain dans toute sa splendeur, champion des coupes fiscales, toutes dents dehors avec son air de jeune loup du budget. Au moins, c’est un débat digne du nom ! En fait Biden coupe - comme il se doit - la parole à Ryan. En France ça ne choquerait personne, ici ça frise la grossièreté impardonnable. Sur le fond, chacun défend ses positions, mais Biden fait monter la pression. Il lance des chiffres tout azimut et ricane pendant tout le débat, un peu trop il est vrai. Avantage Biden, mais pas de vrai gagnant.
Bilan des courses
Malgré Bill Clinton (après l’avoir détesté ardemment, tout le monde l’adore) qui fait campagne pour Barack et le chômage passé de 8,1°/° à 7,8°/° (un taux de chômage à plus 6°/° c’est l’apocalypse), Mitt Romney est légèrement en tête, 49°/° contre 47°/° (de la moitié des Américains qui votent). On scrute avidement les 9 « Swing States » qui vont déterminer le résultat des élections.
Les Swing States ? Les états qui votent tantôt démocrates, tantôt républicains. Par exemple aucun président n’a été élu sans gagner l’Ohio, ou même la Floride (cf. élection Bush/Gore en 2000). Par contre la Californie vote toujours démocrate ou encore la Géorgie toujours républicain. Bref, on en vient même à se demander pourquoi le reste du pays a besoin de voter, puisque seulement 9 états font pencher la balance.
A bientôt pour de nouvelles aventures… »




